Derrière les plaques posées au coin des rues, des noms, des histoires, une histoire. Avec ce troisième article de Chantal Kroliczak, notre visite au cœur de la capitale de la Brenne suit son cours.

Rue Désiré Thiennot : le conseil municipal du 24 mars 1984 attribua le nom de cette nouvelle rue à ce résistant F.F.I. tué par une colonne ennemie qui se dirigeait vers Subtray le 4 septembre 1944 au lieu-dit Territeau. Désiré (1917-1944) patrouillait avec son camarade René Delaire (1920-1944), lui aussi exécuté. Une stèle commémorative est érigée sur la départementale 925 à l’endroit même où sont tombés ces deux combattants, « Morts pour la France ». L’inauguration de la voie s’est déroulée le 8 mai 1985.
Rue de l’Eglise : consacrée le 22 juillet 1339, jour de la fête de Marie-Madeleine dont elle porte depuis le titre de sa sainte patronne, cette ancienne collégiale a été le premier monument historique classé dans l’Indre dès 1842. Reconnue comme l’une des plus belles églises ogivales du département, l’édifice concentre trois courants d’art gothique. Les vitraux des XIVe et XVIe siècles racontent les destinées des familles de Brabant, d’Harcourt et d’Anjou qui ont régné sur la Brenne, du Moyen Âge à la Renaissance. La légèreté de la splendide chapelle funéraire en pierre des ducs d’Anjou est unique. Restaurée en 2019, la méridienne est un intéressant instrument du temps utile pour lire le « midi vrai » (le midi solaire) à 12h55 en horaire d’hiver et 13h55 en été. En 1836, cette rue se nommait : « du faubourg de l’Est ».
Rue de la Foire aux Porcs : la dénomination est explicite bien que l’on ne sache pas précisément où se tenait cette foire… probablement au bout de la rue dans un champ. Sans certitude, le nom est inchangé depuis 1648 et confirmé sur le cadastre de 1840 avec l’association du mot brimaton qui signifie « bruyère ».

Rue du Four : pour être exact, il faudrait ajouter le terme banal, issu du vieux germain banna = commandement. Au Moyen Âge (1000 ans quand même !), le châtelain mettait à disposition un four à bois pour cuire le pain et les pâtisseries dont il imposait (commandait donc) l’utilisation et percevait une redevance (le ban) à chaque usage. Dans les années 1960, on pouvait encore voir une dame avec sa brouette chargée des draps de l’hôtel du Bœuf Couronné, qu’elle venait laver dans la Claise sur laquelle se termine cette rue au nom quasi inchangé depuis au moins 1704, hormis une curieuse « rue du Pont » indiquée sur le cadastre napoléonien et « rue des Poternes » en 1840 pour le sentier qui mène à la rivière.
Route de la Gabrière : cet étang patrimonial emblématique connu depuis le début du XIVe siècle, a appartenu à un certain Gabreau dont la généalogie est très implantée à Rosnay. Quelques dérivés orthographiques relevés : Gabrault, Gabrot. Ces patronymes sont issus de Gabriel, à une période où les noms de famille n’existaient pas encore.

Rue de la Gare : la date de la percée de cette rue transversale n’a pu être précisément établie. A proximité, l’ancienne gare de la ligne dite « B.A.» – Le Blanc – Argent-sur-Sauldre – est l’explication. Toutes les stations ont été construites sur le même modèle, avec de jolies frises en faïence que l’on peut encore apercevoir en haut du bâtiment. Elles représentent ici des feuilles de châtaignier et leurs bogues.
Rue de la Garenne : cette voie est bien identifiée sur la carte d’état-major 1820-1866. Venant de l’ancien français, la garenne est un lieu de chasse réservé au seigneur, en général un petit bois clos mais il peut aussi s’agir d’une « terre maigre », peut-être plus conforme à la constitution du sol brennou.
Place du Général de Gaulle : cœur économique de la cité, cet endroit a souvent changé de nom pour se rapprocher des évènements du pays. Tout d’abord, « place du marché » qui s’y tenait le jeudi ainsi que les foires agricoles au XIXe siècle, elle se dénomma « place du Monument » peu après l’inauguration du monument aux Morts le 28 mai 1923 en hommage aux 81 soldats de 14-18. Au mois de mars 1941, le conseil municipal décide de l’appeler « place du maréchal Pétain », vite remplacé par le général de Gaulle dès janvier 1945.
Chemin du Gué de la Vache : la Claise est proche et l’une de ses dérivations traverse ce chemin qui accueillait un gué, terme issu du francique wad, un endroit peu profond dans lequel les animaux pouvaient s’abreuver aisément.
Rue du Gué Foulon : un autre gué laisse penser que l’on a foulé à proximité, c’est-à-dire dégraisser de la laine, du cuir avec des techniques différentes selon les matériaux mais dont l’eau, abondante, était indispensable.

Rue des Haras : vers 1925, Louis Richar a créé une station de monte d’étalons au bout de ce qui n’était encore qu’un chemin. Un centre technique, géré par les Haras nationaux, a pris le relais jusqu’au changement de statut de cette institution multi-centenaire qui a conduit à son démantèlement partiel en 2010 et, par voie de conséquence, à la fermeture du site.
Jacqueline Tardivon (1930-2009) : conseillère municipale de 1959 à 1971. En sus de son métier de clerc de notaire, Jacqueline a été très active au sein des associations culturelles. Le théâtre était sa première passion et l’histoire sa seconde. Le résultat de ses recherches a été publié dans six ouvrages consacrés à Mézières et à la Brenne. En reconnaissance de sa constante implication locale, il a été jugé opportun de conserver sa mémoire en attribuant son nom à la nouvelle salle d’animation créée dans l’immeuble de l’ancienne bibliothèque.
Jean Foursac (1914-1976) : bien que né à Tours, ce fils de commerçants d’un magasin de rouenneries(1) a passé son enfance à Mézières avant de débuter ses premiers actes de résistance, seul, en 1942 du côté de Clermont-Ferrand. Arrêté en juillet 1944, il est transféré au centre de transit nazi de Royallieu (60) avant de rejoindre le camp de concentration de Neuengamme (Allemagne) pour travailler, dans des conditions effroyables, à la construction du bunker de sous-marins Hornisse. Il réchappera, par miracle, de la tragédie maritime militaire de Lübeck (7000 victimes en quelques heures). Jean, honoré de nombreuses distinctions pour ses actes héroïques, poursuivra sa carrière militaire en Ile de France, ne conservant qu’une résidence secondaire à Azay-le-Ferron. En souvenir, son nom a été donné en 1978 à l’école maternelle.


Place Jean Moulin : l’autre place qui regroupe aujourd’hui des services publics dont la mairie (dont elle a porté le nom jusqu’en 1971) même si de nombreux Macériens la désigne toujours ainsi. Cette année là, les élus l’ont officiellement appelée « Jean Moulin », l’un des principaux unificateurs de la Résistance française au cours du second conflit mondial. La forme de poire de la place suit les contours de l’ancien château et de ses jardins. Aux XIXe et début XXe siècles, on se rendait « place du Champ de Foire », point de départ de nombreux comices, défilés et cavalcades. Initialement, il s’agissait de deux places distinctes qui, au fil des réaménagements, se confondent désormais.
Rue Jean-Claude Poitevin : jeune Macérien, né à Vendœuvres en 1937. Envoyé combattre en Algérie comme voltigeur(2), dans le cadre de son service militaire, il trouva la mort à Beni Maaloum (à 60 km au sud-est d’Alger) en 1959 au cours d’un violent affrontement. Pour perpétuer la mémoire de ce soldat « Mort pour la France », le conseil municipal décida en 1984 de donner son nom à cette rue.
Joseph Thibault (1880-1980) : prédestiné à être notaire comme son père, ce curieux de tout entra en 1908 dans une célèbre étude parisienne de commissaire-priseur. Ayant assisté pendant plus de cinquante ans à la dispersion de bibliothèques, d’objets d’art et de documents de valeur, il aura à cœur d’accumuler plus de 50 000 livres, photos, cartes postales et papiers de toutes sortes. L’immense demeure familiale de l’Ebeaupin fut le lieu idéal pour héberger cette impressionnante et passionnante collection, aujourd’hui référencée et consultable aux archives départementales de l’Indre et à Tours. Depuis la volonté de l’Education nationale, en 1978, de personnaliser chaque école, celle des classes accueillant les primaires porte le patronyme de ce Macérien érudit.

1-Rouennerie : à l’origine, tissu à dominante rose, rouge ou violette fabriqué à Rouen avec une méthode de tissage particulière. Par extension, au début du XXème siècle, lieu dans lequel on vend du tissu, de la toile.
2-Voltigeur : fantassin de l’armée de terre, spécialiste du combat rapproché et du maniement des armes à feux.