Avec ce deuxième article, Chantal Kroliczak nous invite à poursuivre une balade au cœur du village de Mézières et de son histoire, via des informations sur l’origine du nom des rues. Pour compléter la liste, quatre autres articles seront publiés dans les semaines à venir.
Rue des A.F.N. : les initiales signifient Afrique Française du Nord. Ce sigle regroupe l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, anciennes colonies demeurées sous contrôle ou autorité française entre 1830 et le 5 juillet 1962. Par extension, il s’agit aussi des associations d’anciens combattants dans ces territoires.

Rue André Plateaux : achevée de construire vers 1860, l’ex « route départementale n° 7 », future route reliant Châteauroux à Châtellerault, avait pour objectif d’éviter le centre-bourg. C’est « pénétré de la plus profonde gratitude que les bienfaits que sa Majesté l’Empereur répand généreusement » que le conseil municipal nomme aussitôt cette voie nouvelle « Napoléon » (III). Elle deviendra ensuite rue Neuve jusqu’en 1973, date à laquelle les élus décideront de l’appeler rue André et Elisabeth Plateaux. Depuis le prénom de l’épouse s’est curieusement évaporé.
Exploitant d’un café-tabac à Lille évacué en 1940, André se réfugie à Subtray d’où Elisabeth est originaire. Rapidement, il prend attache avec des responsables de la Résistance indrienne au sein de laquelle il organisera différents services : propagande, parachutages, renseignement. Très impliqué et actif, ce partisan deviendra chef de groupe ZU du réseau Jade-Fitzroy et secrétaire général du Comité départemental de Libération de l’Indre. Pour mettre en avant ce « pionnier de la Résistance » disparu en 1972, la municipalité acta le 20 mai 1973 le changement de nom de cette rue, sans omettre Elisabeth, elle-même résistante de l’Ombre.
Espace Arsène Péruchot : inauguré en 1993 en présence de l’intéressé (1903-1994). Elu municipal de 1959 à 1971, cet homme d’un grand dévouement est à l’origine de l’implantation de la caisse de Crédit Agricole locale. En charge du « ravitaillement » pendant la Seconde Guerre mondiale, il a privilégié les maquisards et la population. Particulièrement estimé des habitants qu’il connaissait tous, Arsène appréciait la Brenne qu’il sillonnait coiffé de son chapeau de feutre, demeuré célèbre.

Rue de Barzano : du nom de la ville de 5200 citoyens située en Lombardie, à 50 km au nord de Milan, amicalement unie avec Mézières depuis le 4 juillet 1990, date de la charte du jumelage signée entre Giuseppe Aldeghi et Jean-Louis Camus, maires. Depuis, l’association éponyme créée fin 1991 s’active pour « favoriser ces échanges en tous domaines et en particulier les échanges scolaires, culturels, amicaux et économiques […] dans un esprit communautaire Européen ». Pour conforter les liens d’attachement avec cette città italiana, le conseil municipal a décidé le 3 juin 1991 d’appeler ainsi une rue du nouveau quartier des Plaudets, après avoir émis initialement l’idée de la dénommer Henri Lomer, du nom d’un résistant décédé en déportation.
Rue du Bout du Monde : deux explications sont avancées concernant la genèse du nom de cette longue avenue bordée d’un seul côté de maisons semblables, primitivement construites pour héberger les ouvriers des forges de Corbançon. Soit pour qualifier l’endroit alors quelque peu isolé du centre, soit pour imager le trajet entre l’église et le cimetière lors de son dernier voyage.
Route de Buzançais : du gallo-romain Bosentiacas à Busançois en 1687, la justification du titre de ce chef-lieu de canton est imprécise et sans source formellement identifiée.
Rue de la Cahue : cette petite voie quasi piétonne existe depuis 1566. Cahua, cahoua ou encore cahuah se rapprochent de « cahute » et par conséquent d’une petite loge, d’une mauvaise hutte.
Rue de la Caillauderie : l’origine est attribuée au nom propre Cailleau dont l’orthographe comporte de nombreuses variantes. Patronyme très présent dans le centre ouest de la France. A-t-elle une relation plus ancienne désignant un lieu caillouteux ?

Place du Chapitre : capitre en latin signifie « passage de l’écriture lu dans un office ». Par extension, sous ce vocable fut désigné le corps des moines chargé de l’administration de la collégiale Sainte Marie-Madeleine. Composé de six chanoines, quatre vicaires et quatre enfants de chœur, le trésorier – son premier dignitaire – gérait au mieux le patrimoine (argent, étangs, forêts, …) constitué au fil des siècles par les donations des seigneurs de Brenne, en échange de requêtes particulières (messes, sépultures). Les religieux demeuraient à proximité de l’église (maisons situées en face du parking).
Rue du Château : villégiature de générations de seigneurs, le château féodal édifié au Xe siècle occupait, avec ses jardins et dépendances, l’espace compris entre la rue de l’Ouest et cette voie éponyme, encore en impasse en 1836. Centre de la vie communautaire pendant plus de 800 ans, il fut progressivement démantelé à partir de 1793, sur ordre de la Convention sachant qu’il n’était plus entretenu depuis 1750 environ. A ce jour, il n’en reste que deux tours du XVe siècle, restaurées en 1988 et classées aux Monuments historiques ainsi qu’une troisième, transformée au fil du temps en un imposant pigeonnier. Actuellement propriété privée, ce dernier endroit a été utilisé pour y entreposer le corbillard de la commune et pour faire sécher les tuyaux des pompiers !
Route de Châteauroux : le début de la construction de cet important axe de communication entre Châteauroux et Châtellerault remonte à 1839. Mézières en a bénéficié dans les années 1850/1860. Le chef-lieu du département doit son appellation au château Raoul, forteresse érigée sur la rive gauche de l’Indre au Xe siècle par un seigneur de Déols prénommé Raoul. Celui-ci avait en effet délaissé son palais, soit pour des raisons de sécurité, soit pour doter la célèbre abbaye fondée en 917.
Route de Châtellerault : dans la continuité de la précédente. En 1934, cette voie s’appelait tout simplement « route de Paulnay », plus proche. La sous-préfecture de la Vienne tire son nom d’un certain Ayraud, proche vassal du comte de Poitou, qui fit construire un fort près de la rivière pour en contrôler son gué et par conséquent son accès. En latin : castrum heraldi (Airaldus, Ayraud) donna au fil des altérations la prononciation actuelle.

Route de Châtillon-sur-Indre : en 1473, est déjà connue la « rue Gourdaine », probablement issue du ruisseau la Rigo(u)rdaine qui se jetait dans la Claise. Gourde en dialecte pouvant être approché de « gouffre » serait « un endroit profond d’un ruisseau à l’abri des remous ». Le carrefour, d’où part cette rue dans le village, se nommait encore « de la Rigordaine » en 1934. Quant à Châtillon, son diminutif chateillon signifie « petite forteresse ».
Allée du Cimetière : la Révolution française a transféré la propriété des cimetières paroissiaux aux communes qui devaient les éloigner des lieux de vie et les placer, pour des raisons sanitaires, en périphérie des habitations. Celui de Mézières semble être là depuis les années 1820/1860. La récente pose, à droite de l’entrée, d’une plaque carrée avec un N entouré d’une couronne de laurier rappelle le souvenir d’Hyppolite Migné (1789-1872), caporal dans l’armée napoléonienne inhumé là.
Rue de la Claise : à Subtray, elle enjambe ce cours d’eau de 86 km de long qui prend sa source à Luant et se jette dans la Creuse à Abilly (37). Historiquement, cette rivière a joué un rôle important dans la vie quotidienne des habitants : lavoirs, moulins, abreuvoirs, pisciculture, forges,… Pour éviter toute confusion avec une « route de Châteauroux » déjà existante à Mézières, les habitants ont, en 2003, demandé au conseil municipal de changer ce nom au profit du cours d’eau précité.

Rue du Commandant Wiltzer : avocat mosellan, réfugié à Châteauroux fin 1942. Peu après son arrivée, il s’engagea dans l’Armée Secrète puis les Forces Françaises Libres. Sa parfaite connaissance de la langue allemande l’a orienté vers un poste de chef de détachement de liaison avec l’occupant. En sus de renseigner la Résistance départementale sur les intentions de l’ennemi, ses facultés de négociateur lui permirent de sauver, libérer, camoufler maints civils et militaires, parfois au péril de sa vie. Le 27 juin 1944, il intercéda avec une rare conviction auprès du colonel allemand qui s’apprêtait à donner l’ordre de bombarder Mézières, en représailles d’un officier tué au Bœuf Couronné. Le courage de Paul Wiltzer (1898-1983) évita un drame incommensurable. C’est en présence de ses filles et de nombreux élèves que son patronyme fut donné, le 8 mai 1985, à l’ancienne rue de l’Ecole. Un quai à Metz (57) rend aussi hommage aux qualités exceptionnelles d’organisateur et à l’implication sans faille dans le monde associatif de celui qui y poursuivra son métier d’avocat après la fin du conflit.
Référence photo A Perruchot BM n° 25 01 1995. A Plateaux SHD Vincennes GR 16 P 295630