En octobre dernier, Thibault, co-président des Pépinières Permabondance plantait des végétaux sur une parcelle de terrain d’Emmaüs à Déols. A ses côtés, Paul (co-président) et Mathilde (trésorière), oeuvraient à l’aménagement de cet espace, en collaboration avec des compagnons d’Emmaüs. La conception et la réalisation de ce chantier constituent une partie des activités de l’association.
Depuis 2023, Thibault a rejoint son ami Paul pour développer un projet novateur où l’arbre et les plantes vivaces comestibles en sont le cœur. Il concrétise l’aboutissement d’une réflexion, un cheminement porté par son goût pour la nature, éveillé dès son plus jeune âge.
« J’allais souvent chez mes grands-parents qui habitaient à la campagne. Dès quatre ou cinq ans, se rappelle-t-il, je ressentais le besoin d’être toujours dehors, de courir, de respirer l’air de l’atmosphère ambiant. Ces premiers pas m’ont mené vers l’agriculture, sans que je m’en rende compte. »
Un besoin vital chevillé au corps du petit garçon qui évoluait pourtant dans un tout autre univers.
Thibault grandit en effet à Chatou, en région Ile-de-France. Une ville de banlieue où ses parents exercent des professions très éloignées des travaux des champs.
« Mon père est un intellectuel. À la base, c’est un économiste. Mais il a écrit une pièce de théâtre et une anthologie de la poésie française, de Villon à Aragon »
Un père passionné par ses activités, qui transmettra à son fils l’attirance pour la pluridisciplinarité et le goût du travail. Tout comme sa mère qui consacre également beaucoup de temps à sa profession. Elle travaillera dans le secteur du basketball, à la NBA, puis à la Ligue nationale de Basket (LNB). De cette enfance auprès de parents particulièrement pris par leurs métiers, Thibault y gagnera en autonomie. Son milieu familial le prédisposera à l’ouverture aux autres, à développer un esprit créatif qui marque aussi les vies de ses deux sœurs, chacune avec des approches différentes. L’une évolue dans le milieu du théâtre et l’autre dans celui de la mode. Par ailleurs, leur lieu d’habitation facilitera la fréquentation de personnes d’origines sociales différentes.
« Chatou est une ville composée d’un secteur aisé dans la partie basse de la ville et plus populaire vers le haut. Nous habitions à la limite des deux quartiers ». Ainsi, Thibault côtoiera indistinctement des jeunes issus des deux milieux.
Sur le plan scolaire, il poursuit ses études sans forcer l’allure, reconnaissant, sans fausse modestie qu’il pige l’enseignement, sans trop d’efforts. A défaut d’idées précises sur son avenir, il se tourne vers les études de commerce. Il décide de passer un double diplôme franco-allemand.
« Je me suis dit : quel est le domaine où j’ai le moins de compétence. C’était les langues. Je suis nul en langues ». Il révèle de cette façon, un fort trait de caractère qu’il résume ainsi: « J’aspire à sortir de ma zone de confort ». Une formule qui n’est pas sans rappeler celle du chanteur Jacques Brel « J’ai besoin d’aller voir ailleurs, ce que je ne maîtrise pas ». L’acquisition du diplôme lui impose un gros investissement de travail. Ces études lui permettront d’assimiler les stratégies utilisées par les entreprises françaises et allemandes, notamment dans le secteur agro-alimentaire ». Il approfondira ses connaissances dans les domaines du marketing, de la finance, etc. « Tout cela me donne une boite à outils, utiles pour plus tard ».
Mais en marge de ses études, l’appel à découvrir d’autres horizons ne tardera pas. Il part au Pérou et en Bolivie en compagnie de son amie Inès. Un voyage qu’il vit comme une profonde transformation. L’exploration de ces deux pays (à pied et en bus) et le contact avec les populations locales le questionne sur ce qu’est l’essentiel dans l’existence. » puis « A la suite de ce voyage de quelques semaines et d’une expérience en tant qu’éboueur, il termine ces études franco-allemande. Il renforce son intérêt pour les problématiques environnementales et rédige un mémoire sur l’éco-tourisme : « Comment l’éco-tourisme peut-il devenir une alternative durable au tourisme de masse en Europe ?« . « Je rentre dans le vif du sujet d’un point de vue intellectuel »
Dès lors, il conjuguera simultanément accès au savoir, voyages et introspection. Il cultivera pour son plus grand bonheur rencontres humaines et contemplations. L’école de commerce achevée, il reprend contact avec Paul, un ami connu en 2018 à Reims, au cours de leurs études. Il met un pied à Mézières-en-Brenne, au domaine dit de « La Garenne », propriété familiale de son ami. Ils décident ensemble, avec un autre ami à eux, Théo, de partir pour un tour de France à bicyclette. A son retour, son double-diplôme en poche, il s’inscrit pour un Master 2 en environnement. Son stage pratique a lieu dans un restaurant-potager à Collonges-la-Rouge, en Corrèze. « J’avais besoin de me reconnecter au sensible, de mettre les mains dans la terre. Je découvre ce que c’est d’être maraîcher. J’apprends à cultiver les légumes. Le côté expérience sensorielle m’intéressait beaucoup, et puis ça tombait pile avec mon sujet »
Son mémoire en atteste : Comment une restauration commerciale fondée sur des pratiques agroécologiques et locales peut permettre l’essor de l’écotourisme en France ? L’exemple du restaurant-potager Le Maraîcher à Collonges-la-Rouge.
A la suite de ces expériences, Thibault se familiarise avec la permaculture. Grandit en lui l’aspiration au bien-être, d’une vie proche du vivant, en prenant soin de la Terre, des êtres humains et en partageant équitablement les ressources.
« Je suis le produit d’une société de l’esprit, intellectuelle, moins pratique. Là, j’étais heureux de me lever tôt pour aller dans les champs, afin de cultiver et de nourrir les gens. »
Ce rapprochement avec la terre ne tarit pas sa soif de voyages. Il enfourche de nouveau un vélo pour rejoindre le Maroc. Dans ses bagages, des graines issues de différentes espèces de végétaux comestibles. L’idée est d’échanger avec les populations locales et de rencontrer les pratiques agricoles propres aux pays qu’il compte traverser.. La France, l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Et comme il ne conçoit pas l’action sans la réflexion, il se munit de textes philosophiques.
« J’avais toujours voulu suivre des études de philo. On me disait que cela ne menait à rien, qu’il n’y avait pas d’avenir. En étant maraîcher, j’ai commencé à écouter des podcasts de philo. Tout faisait sens. Je me suis inscrit pour passer une licence de philo en distanciel.
De retour du Maroc puis d’une traversée de la Haute Route des Pyrénées (HRP) à pied, Paul l’informe plus précisément de ses projets. A partir de fin 2023, Thibault est de plus en plus présent à La Garenne. 2024 est dans la continuité. Il mène de front son engagement pour le projet, sa réflexion, sa formation sur les arbres, la biodiversité et les voyages. Un tour d’Islande, toujours sur le même deux roues, le familiarise avec les rapports que les Islandais entretiennent avec les forêts et leurs modes de culture. Une importante déforestation ayant eu lieu pour construire maisons et bateaux. L’accès à ces expériences ne l’éloigne pas de La Garenne. Tout au contraire. Il participe à la structuration de l’association des Pépinières Permabondance, dont Paul et lui-même sont les deux co-présidents. ». Les objectifs sont affinés, les activités réparties entre les deux compères et Mathilde.
« Le but de notre projet est d’agir pour le vivant, de nourrir les générations présentes et futures en remettant l’arbre au cœur du processus. Nous créons ces pépinières, sensibilisons à la biodiversité, concevons des éco-systèmes nourriciers et développons en partenariat la recherche agronomique et sociale ». La création de la forêt comestible sur le site de La Garenne, appelée également « jardin-forêt », est un lieu d’expérimentation et la base des pépinières, puisque les plants mères de la forêt comestible nous donnent des greffons, des boutures et des graines nous permettant de développer nos pépinières.. Une autre forme de voyage pour Thibault qui vit cette aventure comme une ouverture vers de nouveaux « champs des possibles ».
Un éternel sourire aux lèvres, Thibault poursuit ainsi son existence avec enthousiasme, heureux d’oeuvrer avec les gens qu’il aime. Les pieds bien plantés au sol, la tête dans les étoiles, il cultive son extraordinaire sens du voyage..