Les noms des rues d’un village, ceux des lieux-dits qui l’entourent font tellement partie du quotidien que l’on ignore bien souvent leurs origines et les fondements de leurs dénominations. Et pourtant, combien de fois écrit-on son adresse ? Des centaines voire des milliers, sur des formulaires administratifs, sur nos comptes numériques et (de moins en moins !) au dos des enveloppes déposées dans une boîte postale…
A Mézières-en-Brenne – 956 habitants – il est officiellement dénombré 824 adresses réparties en 142 odonymes (du grec ancien hodos « route » et honuma « nom »).
Compte tenu de leur nombre conséquent, nous nous sommes uniquement attachés aux noms des rues du centre-bourg, du quartier des Plaudets et des quatre voies de Subtray.
Avant de découvrir les toponymes de ces lieux, classés par ordre alphabétique, intéressons nous à la formation de celui de la commune ainsi que ceux des sept hameaux qui regroupent plus de cinq habitations.
Mézières-en-Brenne : l’origine du premier mot vient du latin maceria qui signifie « ruine » et « mur de clôture ». Au fil des siècles et des déformations liées à sa prononciation, il s’est transformé en maisiere et mesiere pour parvenir à Mezier comme le cartographe Cassini l’a orthographié sur sa carte du Royaume de France établie entre 1756 et 1815. Ces ruines pourraient être celles d’une villa gallo-romaine découverte au lieu-dit Les Trésoreries. La localité aurait été reconstruite à proximité de ces dernières, à moins qu’une clôture ne l’ait ceint. Toujours est-il que cette maceria est à l’origine du gentilé Macérien, Macérienne.
En France, onze autres « cousins » portent le nom de Mézières-en-… dont quatre dans le Centre-Val de Loire.
Si la Brenne semble toujours avoir été associée à Mézières, pour bien marquer son identification géographique, ce n’est pas toujours le cas des autres villes. Pour éviter toute erreur, entre autres de distribution du courrier, des conseils municipaux ont été contraints au XIXe siècle de modifier le nom de leur commune en y associant un territoire derrière le préfixe « en ».
Cette fameuse Brenne, d’où vient-elle ?
Différentes approches sont avancées, toutes en lien avec le sol : le terme gaulois brenno signifie « marécageux, boueux, merdeux » à moins que la contrée saltus (« forêt ») Brioniae ne soit à la genèse du mot. Le mystère demeure tout comme sur certains chemins un soir de clair de lune au bord d’un étang…
Bellebouche : ce nom n’a rien à voir avec l’organe qui permet de déguster les carpes et autres brochets régulièrement pêchés dans cet étang patrimonial identifié depuis 1400. Le Belbouche ainsi noté sur la carte de César-François Cassini signifie « joli ou beau bois ». Il est à rapprocher de Bouchet, du nom du château situé à Rosnay.
Corbançon : la rivière l’Yoson qui traverse ce hameau de quelques maisons serait peut-être à la naissance du nom avec le préceltique corb, suivi du terme prélatin ou roman -ant-ione. Dans les temps anciens, il était très fréquent de désigner un emplacement par rapport à sa géographie.
Les Loges de Cousin : issue de laubja, la langue parlée par les Francs, il s’agit d’un abri rudimentaire pour héberger un animal ou un être humain et par extension une cabane construite en milieu forestier. Celle-ci aurait appartenu à un certain Cousin. Si aujourd’hui, l’endroit n’est plus boisé, n’oublions pas que jusqu’au Moyen Âge, la Brenne était une vaste forêt.
La Roche-Marteau : là encore, la nature du sol a déterminé le nom, avec des pierres, des roches. Et une famille Marteau a demeuré à cet endroit qui comporte à ce jour dix maisons.
Les Noraies : un dérivé de noyer. Un arbre bien présent sur le territoire. La noisette, un autre fruit à coque, est la composante principale de l’excellente pâte à tartiner produite artisanalement par Noiseraie Productions située à proximité. Est-ce un hasard ?
Marlanges : du nom éponyme qui pourrait être apparenté à un autre Marlanges situé à l’est d’Aubusson en Creuse.
Subtray : selon Daniel Audoux, strata – « route pavée » – serait à la formation du nom de cet endroit habité depuis l’époque gallo-romaine. Une autre hypothèse indique une combinaison formée du latin sub, « sous » suivie du terme gaulois trebo, « habitation ». Le suffixe ay provient de la langue romane d’oïl parlée au Moyen Âge dans le nord de la France. Au centre, nous sommes à la limite avec le parler en langue d’Oc.
L’étymologie des principaux lieux qui composent le territoire de la capitale de la Brenne, qui s’étend sur 57 km2, étant définie, rapprochons nous des odonymes des « voies de communication », comme les ingénieurs départementaux les appelaient au XIXe siècle.
Hormis des noms liés à un édifice tel que l’église, le château, à une particularité géographique comme un cours d’eau ou une qualité de sol, jusqu’à la Renaissance les habitants vivaient sans avoir d’adresse définie. L’étranger qui se présentait demandait tout simplement où demeurait la personne qu’il souhaitait rencontrer. Chacun connaissait tout le monde. Il suffisait d’interroger un passant pour être aiguillé sur le bon chemin éventuellement nommé selon les inspirations populaires.
A partir de 1600, le duc de Sully émet l’idée que les rues peuvent recevoir un nom sans rapport avec le lieu ou les enseignes des commerçants. Progressivement, leur désignation relève du pouvoir royal et, après la Révolution, du monopole public avec la création des conseils municipaux. Une relative liberté leur est octroyée : mettre en valeur une personnalité locale, régionale ou nationale, valoriser un lieu particulier ou informatif, promouvoir des animaux, des fleurs,…
C’est ainsi que pour saluer des faits et/ou des individualités, les rues et les places ont parfois fréquemment changé de dénomination au fil des époques.
Pour s’y retrouver, ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que les plaques émaillées apparaissent. Elles doivent être apposées sur les murs des maisons situées aux coins des voies.
A Mézières, toute cette identification s’est mise en place graduellement bien des années après les décisions parisiennes. Les cinq rues du hameau de Subtray n’ont été baptisées qu’en 2003…