Le 20 juin dernier, Marie Coutant chantait à Saint-Michel-en-Brenne, à l’occasion du 40ème anniversaire de la Réserve de Chérine. Une présence logique pour cette chanteuse attachée au respect de la nature et au bien être de la vie à la campagne. Son tour de chant était composé, pour une très grande partie, de titres de son dernier album : « Aux femmes du monde ».
Des chansons imprégnées par le regard de Marie sur notre société. Elle y exprime ses joies, ses peines, son combat pour la condition féminine, ses peurs, son refus des injustices, de la violence des rapports entre les humains, du saccage de la planète. Un humanisme qui provoque des sentiments ambivalents pour cette artiste en quête d’amour, de paix et de liberté. Ses textes semblent parfois se répondre. L’optimisme de « Graines d’espoir » « On est haut comme trois pommes dans notre cœur d’artichaut on a un secret pour les hommes, dans de l’eau, mettez une graine d’espoir pour que vive un jardin où chacun choisit son destin …», atténué par le constat amer de « Quand j’étais môme » « Je me mettais à rêver que d’une autre manière les humains en finiraient d’enfoncer dans leur chair tant de larmes et tant d’épées Ô les cris de colère moi qui croyais que les idées feraient reculer la misère que le prix de la liberté valait plus que la guerre... »
Tous les titres de l’album sont porteurs de cette sensibilité à fleur de peau. Dix-sept chansons qui constituaient le cœur des spectacles de Marie depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le temps est venu pour l’artiste de se tourner vers d’autres horizons créatifs. Après avoir produit un spectacle pour jeune public, elle se consacre à l’écriture. « Je travaille sur un projet de création dans le cadre de Bourges 2028, qui sera capitale européenne de la culture».
Une nouvelle étape sur un chemin artistique débuté très jeune. « J’ai commencé à écrire dans mon journal intime. J’avais des émotions de jeune fille. C’était souvent des déchirures. J’étais hypersensible. Et puis j’ai été rapidement touchée par les sujets sociaux. »
Avec un père syndicaliste, la fibre revendicative est transmise. La jeune Marie prend conscience rapidement qu’elle peut aussi se véhiculer par la chanson. L’ambiance familiale l’a aidé. « Quand on se retrouvait en famille on chantait. J’avais des oncles qui aimaient Ferrat, notamment ».
Il ne faudra pas attendre des années pour que Marie prenne le relai. Dès l’âge de huit ans, son entourage remarque la qualité de sa voix. Plaisir précoce du chant, tout comme l’attirance pour la guitare. Ses parents lui offrent l’instrument tant désiré, à onze ans. Musiques et textes vont se marier dans l’imagination de Marie. Elle écrit ses premières chansons vers 15/16 ans. Dès lors, elle ne dérivera pas de sa trajectoire. « À 21 ans j’ai réalisé mes premiers enregistrements. Je suis entrée dans le monde de la musique et des studios, Et petit à petit j’en ai fait mon métier. »
Elle sort son premier album « Marchand de sable » en 1993 puis le second « À vivre », en 1999.
Au début des années 2000, elle assure les premières parties des concerts de nombreux artistes, tels que Renaud, Thomas Fersen, Nilda Fernandez, Higelin, entre autres.
La reconnaissance de la qualité de son répertoire est là. Marie Coutant maîtrise à merveille l’art de faire danser les mots sur des musiques qui caressent, balancent ou frappent. Un univers poétique servi par une belle voix qui sait bercer ou bousculer. Mais son talent ne lui permet pas de franchir les paliers qui mènent à la notoriété nationale. « Vivre de son art c’est une chose. Devenir célèbre c’est un autre métier », explique-t-elle.
Elle décrit le métier de la chanson comme un univers difficile où la concurrence est sévère. Beaucoup de frime dans laquelle, elle ne se retrouve pas. Et puis le contexte général se détériore. Les opportunités des années 1980-1990 pour les artistes comme Marie, sont restreintes. Le réseau des festivals, des MJC, des lieux associatifs par lequel sont passés les Renaud, Lavilliers et compagnie, peine à subsister. De plus, le contenu des œuvres de Marie Coutant n’est probablement pas de nature à séduire les médias dominants.
« Aujourd’hui, tout passe pas les réseaux sociaux, et je n’ai pas d’énergie à mettre dedans », constate-t-elle.
Autant de raisons qui renforcent Marie à ne pas chercher à entrer dans un cadre qui ne lui convenait pas. Elle poursuit sa route, avec une notoriété régionale. Satisfaite de vivre de sa passion. Amoureuse de la vie au contact de la nature, du monde paysan (elle est issue d’une famille d’agriculteur), elle s’implique dans le monde associatif, et la localité.
Un mode de vie qui ne signifie pas, repli sur soi et étroitesse du champ de vision. À l’image de ses chansons, elle reste en prise directe avec l’actualité sociale et politique. Pour s’en convaincre il suffit de se rendre sur son site internet, et de lire son texte écrit en juin dernier. Elle y fustige les attaques contre le monde de la culture au travers des coupes budgétaires annoncées, et les politiques mises a service des seules milliardaires.
Marie Coutant affiche ses convictions, intervient, milite syndicalement et transmet le sens qu’elle donne à la vie par l’intermédiaire de ses chansons. Pour rester debout et optimiste. « J’essaie de rester lucide su ce qui se passe et d’y croire tant que les humains peuvent y croire ensemble ». Un combat pour cultiver l’utopie, ou l’artiste peut jouer son rôle en créant, à partir du réel. C’est de toute évidence un engagement constant de Marie Coutant. Mais pour elle, l’espoir en un avenir meilleur commence aujourd’hui. Car le bonheur peut se construire pas à pas, humblement, dans les plaisirs simples de l’existence. La sérénité de la vie à la campagne constitue une opportunité de vivre en adéquation avec ses valeurs. « Je ne sais pas si c’est la solution, mais c’en est une. Si cela repose sur le sens du partage et de la solidarité. Il y a des communautés, des collectifs, des choses qui s’inventent ».
Résidant dans une ferme, elle estime qu’il y a des choses à expérimenter. Développer à terme, des rencontres musicales et plus largement artistiques dans un cadre intimiste et de les réaliser à l’appui d’un travail collectif.
Marie Coutant n’est pas novice en la matière, puisqu’elle a créé en 1991, « Histoire à écrire ». Cette association est une structure qui a produit ses disques et qui aide d’autres artistes à produire, coréaliser, et monter des spectacles.
Entraide, partage, ces mots sont étroitement associés au projet de vie de l’artiste et de la femme. N’en doutons pas, elle donnera dans les mois à venir, à son entourage et son public, les preuves de ses capacités à toujours transmettre autour d’elle de belles valeurs humaines.