« Alexandre », le livre de Philippe Gitton, est dès à présent en prévente. Il suffit pour cela de se connecter sur le lien suivant : https://euthena.com/fr_FR/nos_projets/alexandre-philippe-gitton-6890b5d5b9951
Ce roman trace le portrait d’un jeune parisien.
Alexandre vit chez ses parents, dans le quartier La chapelle, au nord du 18e
arrondissement de Paris. Il poursuit des études d’Histoire, sans grand enthousiasme.
Incapable de se projeter dans l’avenir, il assiste aux cours, faute de mieux, doutant
que cette voie lui corresponde réellement. D’autant qu’il fait preuve d’un talent
certain pour la musique et le piano. Une pratique qu’il conçoit néanmoins comme un
simple loisir, tout comme son intérêt pour la photographie. Il laisse ainsi filer sa vie,
quelque peu désabusé, au hasard des rencontres amoureuses ou amicales.
Autour de lui, le monde s’agite. En ce début 2011, la perspective des élections
présidentielle de 2012 et le printemps arabe, en particulier, réveillent des espoirs de changements. Impliquée dans le Front de Gauche, sa sœur Magalie, s’agace du cynisme de son frère.
Après quelques mois d’hésitation, Alexandre décide d’abandonner la Fac pour se consacrer à la musique. Il doit cependant travailler pour subvenir à ses besoins. Il est embauché pour l’été, comme facteur à la Poste. C’est là qu’une rencontre bouleversera son existence. Cette tranche de vie se déroule au cœur d’une situation politique et sociale dense. Le récit montre les rapports que les différents personnages entretiennent entre eux et avec le monde qui les entoure. L’intrigue conduira Alexandre, de Paris à l’île de la Réunion en passant par le parc de la Brenne.
Voici un extrait :
Murielle entra dans la cuisine et ferma la porte derrière elle. Elle s’approcha de Jean-Michel. Son mari se tenait debout devant une cocotte, absorbé par la cuisson d’un lapin.
― On est bien d’accord, lui murmura-t-elle. Tu me laisses conduire la discussion pendant le repas.
Jean-Michel acquiesça d’un bref hochement de tête.
Dès que la famille fut réunie autour de la table, Murielle s’empressa d’entrer dans le vif du sujet.
― Bon. Il faut que je vous dise quelque chose d’important. Votre grand-père n’est pas au mieux de sa forme. Pour être clair, il s’affaiblit même beaucoup ces derniers temps. Il faut espérer que tout ça n’est que passager. L’hiver n’est pas la meilleure saison pour les personnes âgées. Il reste qu’avec votre père nous sommes relativement inquiets. Nous pensons que dans ces moments délicats, la présence de sa famille ne pourrait que le réconforter. Pour être encore plus clair. René n’a pas beaucoup de petits-enfants. Il serait bien qu’il les voie plus souvent. Aussi nous avons pensé que nous pourrions descendre prochainement tous les quatre à Mézières.
― Pour moi ça risque d’être difficile, répondit Alexandre. Je lui téléphonerai
plus souvent, promis.
― C’est bien gentil de ta part, mais tu n’as pas bien compris. Je te demande de prendre le temps de lui rendre une visite. C’est si compliqué que ça ?
― T’es drôle. Je ne peux pas me disperser. Je dois mettre un coup de collier à la fac. Mes partiels n’ont pas été fameux.
― Évite de me prendre pour une conne. Tes études deviennent une priorité. C’est nouveau !
― Ben, j’essaie de me ressaisir. C’est pas ce que vous me demandiez l’autre soir ?
― T’as vraiment honte de rien, lâcha Magalie. Tu passes une partie de tes soirées et de tes nuits à picoler avec tes potes et…
― De quoi tu te mêles toi ? Je tiens à te signaler que je ne fais pas que picoler comme tu dis. Je joue de la musique. Tu as bien vu d’ailleurs que je progressais. Les parents peuvent pas savoir. Ils ne sont pas venus au dernier concert.
― Qu’est-ce que tu dis ? brailla Murielle en assénant un grand coup de poing sur la table. Tu te permets des reproches en plus. Tu dépasses les bornes Alexandre. Tu sais pertinemment pourquoi nous ne pouvions pas venir. C’était précisément pour passer un week-end avec ton grand-père. Écoute-moi bien. Je n’ai pas les moyens de t’obliger à faire des choses dont tu n’as pas envie. Mais si tu ne viens pas voir René, je m’en souviendrai. Crois-moi.
Alexandre, foudroyé par le regard de Murielle, baissa les yeux.
― Ça te fera le plus grand bien de respirer l’air pur de la Brenne, ajouta Jean-Michel. Et puis tu sais les gens t’aiment bien là-bas. La petite Odile nous demandait de tes nouvelles, la dernière fois que nous sommes descendus. En voilà encore une qui est toute prête à tomber dans tes bras.

― Ah putain, mais t’es lourd, papa avec les gonzesses ! Arrête un peu. Tu penses que je n’ai qu’une idée en tête. Sauter sur toutes les filles qui passent. ? Tu n’emmerdes pas Magalie avec les mecs ?
Il se leva, se dirigea vers sa chambre et s’y enferma.
― Mais qu’est-ce que j’ai dit de mal ? bredouilla Jean-Michel.
― Laisse-le. Il est péteux. Il lui fallait un prétexte pour se dérober. Ceci dit, il n’a pas complètement tort à propos des filles. Lâche-le un peu. Tu sais bien que c’est un sujet dont il n’aime pas parler, remarqua Murielle.
― Si on ne peut plus plaisanter, s’attrista-t-il.
Le repas se poursuivit dans un silence absolu. Alexandre pointa le bout de son nez au moment du dessert. Raide comme un piquet, sur le seuil de la porte de la cuisine, il annonça d’un ton solennel qu’il participerait au prochain voyage dans le Berry. Il tourna les talons et rejoignit sa chambre.