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Figés

 

Une nouvelle écrite par Philippe Gitton

 

Tous les membres de la famille étaient réunis sur une belle et vaste terrasse, baignée par un doux soleil printanier.

La mère se tenait assise sur une chaise. Le dos bien droit, les mains posées sur les genoux. Rigide, comme ces enfants studieux, derrière leur table de classe. À ses côtés, sur une natte dépliée au sol, sa fille d’une quinzaine d’années. Appuyée contre le mur de la maison, sa tête reposait sur ses deux mains jointes. Toutes les deux semblaient obnubilées par le bout du jardin qui s’étalait devant elles.

Un garçon d’environ dix ans, était affalé au creux d’un vaste fauteuil, les bras ballants de chaque côté des accoudoirs, les jambes écartées. Un deuxième garçon, sans doute majeur s’étalait de tout son long, à même le carrelage.

Seul le père se dressait débout, entourant un poteau de ses deux bras.

– Votre attitude me désole, reprocha-t-il aux autres membres de la famille. Rester ainsi, passifs, des heures entières. Ça me dépasse. Ce n’est pourtant pas si compliqué de faire un petit effort. J’aime autant vous dire qu’avec un tel comportement vous préparez un drôle d’avenir.

– Ne nous fais pas rire avec ton avenir rétorqua la femme.

– Et toi maintenant tu es de la partie. Tu les soutiens. Pire tu en rajoutes. Remarquez, vous avez au moins le mérite d’être en phase avec le voisinage. C’est l’apathie généralisée. Plus personne ne se remue pour redonner un semblant de vie dans le quartier.

– Et toi gros malin, accroché à ton poteau, tu fais quelque chose de plus que les autres, lâcha excédé le garçon le plus âgé. Arrête de gémir et de chercher continuellement les raisons de cette situation.

À une trentaine de mètres de là, au bout du jardin, derrière un muret de pierres clôturant la propriété, un groupe de touristes, entourait un guide.

– Je vous invite à bien observer les personnes sur cette terrasse. Le travail de moulage a permis de reproduire fidèlement leur position exacte au moment de l’éruption volcanique. Comme de nombreux autres habitants de Pompéi, ils ont été saisis quasi instantanément. Pour la plupart, ils n’ont pas eu le temps de réagir. Parfois ils semblent hébétés, s’interrogeant ce qui vient de leur arriver.

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