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L’incertitude d’une restauratrice d’art

Mathilde Mouilleron restaure une œuvre de Chillida

Mathilde Mouilleron est restauratrice d’œuvres d’art. Comme de très nombreux professionnels de ce secteur d’activité, l’année qui s’achève restera pour elle, marquée du sceau des restrictions et de l’incertitude.

Mathilde Mouilleron est une travailleuse indépendante. Elle est spécialisée dans la restauration d’œuvres d’art exécutées sur du papier. Un matériau qui accueille une grande variété d’expressions : le dessin, l’aquarelle, le pastel, les estampes réalisés à l’encre comme au crayon ou à la sanguine. Elle intervient sur des œuvres d’artistes contemporains de renom, comme le peintre catalan Antoni Tàpies. Elle a également restauré des œuvres de grands maîtres tels que Miro ou Picasso.Elle rénove aussi des créations pour des particuliers où la valeur sentimentale prédomine. Un champ d’action très large sérieusement chamboulé depuis le 17 mars dernier, premier jour du premier confinement. « Les conséquences sont assez simples à résumer. Plus de travail, plus de revenus. Tout s’est arrêté », constate Mathilde. Après une légère reprise cet été, de nouveau novembre a sonné la fermeture de toutes les galeries d’art avec lesquelles elle travaille. Pour survivre, elle perçoit les aides de l’État. 1500 € par mois dont il faut renouveler la demande chaque mois. « J’ai eu la chance de bénéficier d’une grosse commande en 2019, car l’aide est fixée en fonction du chiffre d’affaires de l’année précédente. La compensation financière reste néanmoins très partielle et la solution par nature insatisfaisante. Ce qu’elle souhaite, c’est la possibilité de travailler normalement. De ce côté là, les perspectives sont pour le moins incertaines, même si son hyper spécialisation lui ouvre pour l’avenir des possibilités de commandes. « Je travaille avec la galerie Lelong qui propose des œuvres d’artistes très cotés à des clients aux gros moyens financiers ». Par ailleurs des contacts sont pris pour des projets avec des structures publiques. Ils concernent la restauration et la création de globes ».

Un espoir vite pondéré, car toute la galerie Lelong ne représente qu’une partie de ses commandes. Les petites galeries parisiennes et les particuliers sont très touchés par les fermetures. « Les conséquences peuvent être graves pour ce qu’on appelle la sous-traitance du monde de l’art. Restaurateurs, encadreurs, transporteurs sont menacés. Quant à l’investissement public pour des projets à long terme. Il dépend de l’État », rappelle-t-elle, très circonspecte. L’absence de référence au monde de l’art et de la culture en général lors des deux derniers discours du président de la République et du Premier ministre n’est pas de nature à rassurer Mathilde.

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