Au cœur du village de Mézières-en-Brenne, de nouveaux pépiniéristes proposent désormais au public le fruit de leur travail, qu’il a pu découvrir plus amplement lors des portes ouvertes les 30 et 31 mai derniers. Derrière les murs du domaine dit « La petite Garenne », l’association des Pépinières Permabondance développe ses activités sur les principes de la permaculture. De quoi s’agit-il exactement ?

Le citoyen novice en agriculture pourrait croire que ses principes se résument à éviter les pesticides et à favoriser le paillage autour des plantations, pour ne pas polluer ses cultures et limiter la consommation d’eau. « Une image de la permaculture très restrictive. », commente Paul, cofondateur de l’association. « La permaculture ne peut se réduire à l’agriculture, et les designs peuvent s’appliquer aussi bien aux entreprises, au management, que dans des modèles éducatifs ou médicaux par exemple. »
La permaculture est une science de conception basée sur l’observation des patterns (schémas récurrents) présents dans notre environnement et qui les répliquent. Ceci, en coopération avec la nature, avec pour objectifs de créer des habitats soutenables et régénératifs pour les humains et les autres êtres vivants.
La permaculture (contraction des mots « permanent » et « culture ») s’appuie sur des solutions concrètes et pragmatiques, elle est davantage une philosophie de vie qu’une simple succession de conseils pratiques. Le concept a été créé dans les années 1970 en Australie. Bill Mollison (scientifique et biologiste) et son élève David Holmgren (biologiste et ingénieur) sont partis d’un constat simple : l’agriculture industrielle menace la biodiversité et la fertilité des sols.
Par conséquent, ils ont défini un système basé sur trois grands principes éthique :
– Prendre soin de la Terre, à savoir observer, comprendre et respecter les formes de vie terrestre. L’objectif est d’utiliser localement, de préserver et de multiplier le plus possible les ressources naturelles présentes sur place.
– Prendre soin des êtres humains en s’assurant que les besoins fondamentaux (eau, nourritures, logement, lien social, etc.) sont satisfaits qualitativement, de manière durable et équitable. La permaculture favorise les synergies humaines, notamment transgénérationnelles, permettant aux communautés d’être plus robustes et de faire face plus facilement aux crises.
– Partager équitablement les surplus et créer l’abondance, c’est-à-dire donner ou échanger ses productions, ses ressources ou ses connaissances. Cela facilite, par le développement de l’abondance, une juste répartition des ressources et promeut la coopération au sein des communautés.
La base de la permaculture est d’observer les processus naturels et d’intervenir à partir du contexte local. Le point de départ est appelé “non-agir”, ce qui sous-entend de ne pas agir dans la précipitation. L’action découle de phases d’observation permettant de comprendre son environnement et de préméditer et de planifier ses actions.
Depuis plus de 50 ans que ces pratiques existent, des expériences à grande échelle prouvent leur pertinence, comme celle d’une agriculture soucieuse et respectueuse du vivant, que nous offrent les travaux de Masanobu Fukuoka, agriculteur et microbiologiste japonais, auteur de “La révolution d’un seul brin de paille”.
L’une des méthodes les plus répandues de design se nomme le “zonage”. Les zones s’échelonnent de 0 à 5 à partir du plus proche de la maison (zone 0), en passant par les parcelles, comme le potager ou la basse-cour, visitées plusieurs fois par jour (zone 1), puis par celles visitées quotidiennement ou tous les deux jours (zone 2). Ensuite, ce sont les pâtures, les vergers et les forêts comestibles (zones 3-4). Enfin, la ou les zones 5, qui représentent des zones sauvages, sans activité humaine, où l’objectif est de s’inspirer de ce qui se passe naturellement près de chez soi (en général la vie tend vers la friche puis vers la forêt).
La permaculture a pour objectif l’émancipation des humains et de leurs organisations par l’autonomie et la résilience, en prenant en compte dans ses réflexions le long et le très long terme. Elle a été conçue, dès son origine, pour être un mouvement inarrêtable, car internationale et totalement décentralisée. De plus, la transmission de cette éthique se veut virale et contagieuse, afin d’agir rapidement et en nombre pour répondre aux destructions occasionnées par notre système industriel mondialisé.
Concrètement, pour rejoindre ce mouvement et se former en permaculture, diverses formations existent :
– pour débuter, des initiations à la permaculture de 1 à 3 jours,
– pour approfondir, une formation certifiante (CCP – Cours de Conception en Permaculture) d’une durée de 15 jours, qui permet à son tour de transmettre.
C’est dans cette dynamique que s’insère le projet des Pépinières Permabondance. « Au centre de notre mission : l’arbre. Parce qu’il est la clé de voûte de nombreux milieux terrestres et un pilier de l’alimentation. » explique Thibault, cofondateur de l’association.
Aux Pépinières Permabondance, la multiplication d’arbres et de plantes vivaces comestibles est issue d’une sélection approfondie et rigoureuse de variétés adaptées au territoire français métropolitain, dans un souci de proposer des végétaux adaptables et robustes. L’association transmet aussi ses pratiques et ses connaissances pour rendre accessibles ces solutions permacoles.