{"id":832,"date":"2021-12-09T15:00:33","date_gmt":"2021-12-09T14:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/?p=832"},"modified":"2022-05-15T16:07:39","modified_gmt":"2022-05-15T14:07:39","slug":"la-commune-de-paris-ou-le-destin-extraordinaire-des-gens-ordinaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/index.php\/2021\/12\/09\/la-commune-de-paris-ou-le-destin-extraordinaire-des-gens-ordinaires\/communes\/mezieres-en-brenne\/832\/","title":{"rendered":"Commune de Paris, destin extraordinaire de gens ordinaires"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1280\" aria-describedby=\"caption-attachment-1280\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/commune-chantier-culture.jpg\" rel=\"lightbox[832]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1280 size-medium\" src=\"https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/commune-chantier-culture-300x232.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"232\" srcset=\"https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/commune-chantier-culture-300x232.jpg 300w, https:\/\/www.brenne-au-coeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/commune-chantier-culture.jpg 474w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1280\" class=\"wp-caption-text\">Commune de Paris<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-size: large;\">La m\u00e9diath\u00e8que de M\u00e9zi\u00e8res-en-Brenne (Indre) a tout derni\u00e8rement consacr\u00e9 une soir\u00e9e \u00e0 Alfred Huet, dans le cadre de la comm\u00e9moration du 150e anniversaire de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commune_de_Paris\">Commune de Paris<\/a>. L\u2019enfant du village, impliqu\u00e9 dans l\u2019insurrection parisienne, que rien ne pr\u00e9destinait \u00e0 un tel engagement politique, est loin d\u2019\u00eatre un cas isol\u00e9 dans la province berrichonne. N\u00e9 le 21 juin 1834, d\u2019un p\u00e8re tisserand et d\u2019une m\u00e8re couturi\u00e8re, Alfred Huet grandit au sein d\u2019une fratrie de cinq enfants. Une famille berrichonne, depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. De sa jeunesse, il ne reste aucune trace. Impossible donc de savoir comment s\u2019est forg\u00e9e sa personnalit\u00e9. Un caract\u00e8re difficile, semble-t-il, puisqu\u2019il souffre parmi son entourage, d\u2019une mauvaise r\u00e9putation. Une forte t\u00eate. Ses d\u00e9boires avec les autorit\u00e9s militaires confirment ce temp\u00e9rament contestataire. En avril 1855, il est d\u00e9clar\u00e9 insoumis. Pour le m\u00eame motif, il est condamn\u00e9 une deuxi\u00e8me fois, \u00e0 24 heures de prison, par un conseil de guerre, le 2 juillet 1856. De retour \u00e0 la vie civile, il exerce \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res le m\u00e9tier de cordonnier et se marie avec Marie Journeau en juin 1862. Andronie, leur premier enfant, na\u00eet en 1863. Les ann\u00e9es qui suivent, il les consacre \u00e0 sa famille et \u00e0 son m\u00e9tier. En f\u00e9vier 1871, il sera affect\u00e9 dans l\u2019artillerie de Clermont-Ferrand. Bref, retour au pays et nouveau d\u00e9part. Direction Paris, cette fois-ci, pour trouver du travail. Il se retrouve rapidement au c\u0153ur de l\u2019insurrection parisienne et ne tarde pas \u00e0 rejoindre le combat des insurg\u00e9s. Il prend, en effet le commandement de l\u2019artillerie de Neuilly d\u00e8s le 14 avril. Le 29, il est rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat-major du G\u00e9n\u00e9ral Dombrowski. Sur la suite de sa participation aux combats, aucune information. Tout comme sur les circonstances de son d\u00e9part de la capitale, la veille de la semaine sanglante. Alfred a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019enfuir. Il est malgr\u00e9 tout arr\u00eat\u00e9 \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res le 18 ao\u00fbt 1871 et conduit \u00e0 la prison du Blanc pour attentat \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Il est jug\u00e9 le 31 janvier 1872 et condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Une travers\u00e9e de 142 jours puis une installation rudimentaire, sans contact avec la m\u00e9tropole. L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais veut plonger les communards dans l\u2019oubli. \u00c0 Paris, n\u00e9anmoins des pressions s\u2019exercent, d\u2019une part pour obtenir leur amnistie, d\u2019autre part pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions d\u2019existence. Une loi est vot\u00e9e le 28 mars 1873, autorisant la venue des familles. Le 25 octobre 1873, l\u2019\u00e9pouse d\u2019Alfred et ses deux enfants d\u00e9barquent au port de Noum\u00e9a. Sa peine est commu\u00e9e en d\u00e9portation simple. Il reprend son activit\u00e9 de cordonnier avec les outils apport\u00e9s par sa femme. Une stabilit\u00e9 affective, sans doute salutaire, pour \u00e9chapper aux ravages de la d\u00e9tention. Sans espoir de retour en France, l\u2019oisivet\u00e9 et l\u2019alcool poussent de nombreux d\u00e9tenus dans la d\u00e9pression, les bagarres, voire le suicide. Les Huet se reconstruisent une vie comme ils peuvent. Elle durera sept ans. Les insurg\u00e9s ne seront amnisti\u00e9s qu\u2019en 1880. Alfred et sa famille posent le pied sur le sol fran\u00e7ais le 1er ao\u00fbt 1880. Quelques communards restent en Nouvelle-Cal\u00e9donie. C\u2019est le cas de leur fils Andronie qui m\u00e8nera toute son existence dans d\u2019incessants voyages entre Paris et Noum\u00e9a. Les autres membres de la famille reprennent leur vie sous le climat de la Brenne. Alfred se convertira \u00e0 une autre activit\u00e9 professionnelle. Il ach\u00e8tera l\u2019embl\u00e9matique restaurant du village \u00ab\u00a0Le Boeuf Couronn\u00e9\u00a0\u00bb. Sa fille Mathilde prendra place derri\u00e8re les fourneaux. Alfred d\u00e9c\u00e8de le 24 mai 1913. \u00ab\u00a0Ainsi s\u2019ach\u00e8ve la vie d\u2019un homme ordinaire au destin extraordinaire\u00a0\u00bb, d\u00e9clarera Chantal, pr\u00e9sidente de l\u2019Association Culture mac\u00e9rienne, coorganisatrice de la soir\u00e9e, en conclusion de son \u00e9vocation de la vie d\u2019Alfred Huet.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: large;\">Le cordonnier de M\u00e9zi\u00e8res n\u2019est cependant pas le seul \u00e0 conna\u00eetre un destin chamboul\u00e9, suite \u00e0 sa participation \u00e0 l\u2019un des plus grands mouvements populaires de l\u2019histoire de France. Tout comme lui, la vie de Marie Mercier sera boulevers\u00e9e apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 sa terre natale pour la capitale. N\u00e9e \u00e0 Issoudun le 8 janvier 1850, Marie est contrainte d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 16 ans, de se s\u00e9parer de sa famille, plong\u00e9e dans d\u2019importantes difficult\u00e9s financi\u00e8res. Pour trouver du travail, elle s\u2019installe \u00e0 Paris, o\u00f9 elle retrouve des gens du pays. Quatre ans plus tard, elle rencontre Maurice Garreau, avec qui elle partage la vie et le combat r\u00e9volutionnaire. Les deux amants sont c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te jusqu\u2019\u00e0 la semaine sanglante Maurice meurt fusill\u00e9 le 26 mai. Maire fuit Paris. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une longue errance. Jean Annequin, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 du Berry des amies et amies de la Commune, raconte sa fuite.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: large;\">\u00ab\u00a0Comme beaucoup de fuyards, elle se dirige vers l\u2019est de Paris occup\u00e9 par les Prussiens et la place forte de Metz. Ceux-ci sont plus enclins \u00e0 laisser passer des personnes isol\u00e9es, encore plus ais\u00e9ment des jeunes femmes assez bien mises. En grande d\u00e9tresse et sans moyens, Marie se souvient que le grand po\u00e8te et romancier Victor Hugo, chass\u00e9 de Belgique, est au Luxembourg o\u00f9 il fait bon accueil aux exil\u00e9s. Elle ose aller le voir. Elle s\u2019introduit aupr\u00e8s du grand homme. Victor Hugo note \u00e0 la date du 15 juin\u00a01871: \u00ab\u00a0On me remet une lettre. Une femme m\u2019\u00e9crit. Elle \u00e9tait la femme d\u2019un nomm\u00e9 Garreau. (&#8230;) Ce pauvre Garreau a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9. Sa veuve qui est ici m\u2019a racont\u00e9 le fait. Alice (sa belle-fille) lui donne de l\u2019ouvrage et je la secours de mon mieux\u00a0\u00bb. Une relation va s\u2019\u00e9tablir entre la jeune femme et l\u2019homme de lettres. Elle lui apprend la r\u00e9alit\u00e9 de la semaine sanglante. Elle ne reste cependant pas au Luxembourg. Elle poursuit sa fuite en Belgique tout en maintenant des contacts avec Victor Hugo. Il l\u2019invite m\u00eame \u00e0 assister \u00e0 une repr\u00e9sentation de Ruy Blas au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on en 1872. Une lettre de remerciement en apporte la preuve, dans laquelle elle exprime l\u2019immense regret de ne pas avoir suivi d\u2019\u00e9tudes et d\u2019en accuser \u00ab\u00a0la vile soci\u00e9t\u00e9 qui me l\u2019a refus\u00e9\u00a0\u00bb. Elle s\u2019exile ensuite en Angleterre, avec des d\u00e9placements \u00e0 Guernesey pour rejoindre Victor Hugo. Un journaliste t\u00e9moigne ensuite de son installation \u00e0 Paris en 1893 et de son existence extr\u00eamement pr\u00e9caire. Coup\u00e9e de sa famille, elle d\u00e9c\u00e8de le 29 ao\u00fbt 1921, entour\u00e9e seulement de deux habitants de son immeuble\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: large;\">Les parcours de Marie Mercier et Alfred Huet illustrent le chaos dans lequel de nombreuses vies d\u2019insurg\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 plong\u00e9es. Ainsi le Castelroussin, Pierre-Philippe Lebeau est a&lt;rr\u00eat\u00e9 le 21 juin 1871 sur d\u00e9nonciation, il sera le seul d\u00e9port\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir son \u00e9vasion du bateau le conduisant en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Il profite d\u2019une escale au Br\u00e9sil pour descendre le long de la cha\u00eene d\u2019ancre. D\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0pr\u00e9sum\u00e9 noy\u00e9\u00a0\u00bb, il trouve refuge dans une tribu indienne, en apprend la langue, les coutumes. Au bout de 5 ans, il s\u2019embarque pour l\u2019Angleterre o\u00f9 il \u00e9pousera une Anglaise. Six enfants na\u00eetront de ce mariage. Il d\u00e9c\u00e8de en 1910.<br \/>\nMarie, Alfred et Pierre-Philippe ont surv\u00e9cu tant bien que mal, \u00e0 la r\u00e9pression et la soif de vengeance du gouvernement versaillais de Thiers. Trois anonymes qui ont fait vivre la Commune. Ils composent, avec des milliers d\u2019autres, l\u2019imposant bataillon des communards originaires de la province. \u00ab&nbsp;Les trois quarts n\u2019\u00e9taient pas parisiens&nbsp;\u00bb, rappelle Jean Annequin. En ce qui concerne l\u2019Indre, le Comit\u00e9 du Berry comptabilise 440 natives et natifs du d\u00e9partement, parmi les insurg\u00e9s*. Beaucoup de ma\u00e7ons, de menuisiers, de charretiers, de terrassiers, entre autres, venus dans la capitale, en grande partie pour des raisons \u00e9conomiques, mais porteurs aussi des valeurs de la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019envahisseur prussien et d\u2019aspiration \u00e0 une R\u00e9publique sociale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: large;\">Par leur travail de recherche,<a href=\"https:\/\/www.commune1871.org\/nos-actualites\/vie-de-l-association\/837-du-cote-des-ami-e-s-du-berry\"> les ami-e-s de l\u2019Indre du Comit\u00e9 du Berry<\/a> \u0153uvrent \u00e0 la popularisation du combat des communards. Ils reconstituent, notamment des biographies. Tout au long de cette ann\u00e9e 2021, les c\u00e9l\u00e9brations du 150e anniversaire de la Commune de Paris ont permis d\u2019accro\u00eetre leur audience. L\u2019association en d\u00e9gage un bilan tr\u00e8s positif.<br \/>\n\u00ab&nbsp;En Indre, malgr\u00e9 le contexte sanitaire, la programmation des initiatives toutes en partenariats, dont celui du conseil d\u00e9partemental, a pu \u00eatre quasi maintenue. Le choix d\u2019une diversit\u00e9 de lieux, de formes, de th\u00e9matiques a \u00e9t\u00e9 la priorit\u00e9 dans un d\u00e9partement sensibilis\u00e9 depuis cinq ans \u00e0 l\u2019histoire de la Commune par l\u2019histoire locale. 11 lieux, urbains et ruraux, ont accueilli des \u00e9v\u00e9nements et ouvert leurs portes. 5 communes ont \u00e9t\u00e9 directement partenaires ainsi que 12 structures municipales, une structure d\u00e9partementale, un organisme intercommunal, un Centre national de m\u00eame que 16 associations. 8 Offices de tourisme ont relay\u00e9 les informations. La couverture m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par les deux principaux journaux et la TV d\u00e9partementale. Un comit\u00e9 ami y a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 par deux fois.<br \/>\n4 \u00e9tablissements scolaires (1 \u00e9cole, 2 coll\u00e8ges, 1 lyc\u00e9e) ont particip\u00e9. Une soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e au Centre d\u2019\u00e9tudes Sup\u00e9rieures. Une dizaine d\u2019articles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans des parutions d\u00e9partementales et r\u00e9gionales. Un public tr\u00e8s diversifi\u00e9, estim\u00e9 \u00e0 plus de 1200 personnes a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 \u00e0 travers l\u2019ensemble des initiatives&nbsp;\u00bb.<br \/>\n* Le nombre de 440 insurg\u00e9s, originaire de l\u2019Indre, correspond seulement aux natifs\/natives fich\u00e9s et connus, car arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la fin de la Commune. Ne sont donc pas inclus les morts aux combats dont le nombre est tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9terminer, car ils ont \u00e9t\u00e9 mis dans des fosses sans identit\u00e9. Les recherches tr\u00e8s compliqu\u00e9es devraient porter sur le comparatif bas\u00e9 sur les listes de gardes de chaque bataillon de la garde nationale. Sous toutes r\u00e9serves, une estimation pour l\u2019Indre situerait le nombre de morts dans une fourchette entre 700 et 1400.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9diath\u00e8que de M\u00e9zi\u00e8res-en-Brenne (Indre) a tout derni\u00e8rement consacr\u00e9 une soir\u00e9e \u00e0 Alfred Huet, dans le cadre de la comm\u00e9moration du 150e anniversaire de la Commune de Paris. L\u2019enfant du village, impliqu\u00e9 dans l\u2019insurrection parisienne, que rien ne pr\u00e9destinait \u00e0 un tel engagement politique, est loin d\u2019\u00eatre un cas isol\u00e9 dans la province berrichonne. 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